Photographie: Une recherche d’harmonie

La nature morte n’est pas l’apanage de la peinture. Les artistes à travers le temps ont produit des centaines de milliers de natures mortes, dans des styles très différents. Réalistes, épurées, tendant vers l’abstraction… les plus petits détails des sujets y sont toujours reproduits, avec une précision quasi «photographique». Il est de ce fait tout à fait attendu que le 8e art s’empare de cette discipline.

Dans sa première exposition individuelle, à la galerie Delaporte à Casablanca, l’artiste visuelle Maya-Inès Touam, s’y prête avec beaucoup d’aisance, dans la plus pure tradition des peintures flamandes du XVIIe siècle.

Dans la série «Des rives», l’artiste, lauréate de la 6e édition du Lcc Program, se joue allégrement des codes de cette technique, tout en y apportant une charge symbolique importante. Celle de son identité qu’elle explore depuis quelques années. Dans un précédent travail, intitulé «Révéler l’étoffe» la jeune franco-algérienne interroge l’imagerie féminine dans l’islam contemporain tout en déconstruisant la question du voile et en la débarrassant de toute dimension politique ou religieuse.

Dans son exposition actuelle, c’est le même questionnement qui est, cette fois-ci, rapporté aux objets du quotidien. Des compositions photographiées dans une mise en scène savamment étudiée et particulièrement esthétique.

Le studio est parfaitement assumé comme espace de création, à partir duquel l’artiste semble réinventer sa propre géographie à travers une série de recherches iconographiques sur un patrimoine multiple teinté de folklore.

Des objets «traditionnels» ( belghas, petits miroirs de poche, instruments de musique…) y côtoient des fruits de saison, des pièces contrefaites (Gucci, Adidas…) ou un panneau de signalisation LED, pour interroger nos perceptions de cette relation entre l’Orient et l’Occident. Le tout  sur fond de drapé en wax. Une identité «arabe», made in china et africaine de fabrication hollandaise et d’inspiration javanaise (wax).

Alors que notre environnement quotidien se standardise et s’aseptise, progressivement, les photographies de Maya-Inès Touam, interrogent le statut de l’image au sein d’une société de consommation qui semble s’accrocher à une identité aux symboles préfabriqués.

Un thème qui inspire bien d’autres artistes femmes, à l’instar d’une Majida Khattari, Lalla Esaydi, Zoulikha Bouabdallah ou encore Mouna Hattoum… des artistes surfant sur une double identité, qui par leur travail tentent d’accompagner le changement sociétal qui prend place dans leurs pays d’origine souvent partagés entre modernité et traditions religieuses.

Source : L’Economiste

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