Crédit à la consommation et croissance, un couple pas du tout assorti au Maroc !

Par Afifa Dassouli

Au Maroc, si la croissance économique est en panne c’est que ses deux moteurs essentiels, c’est-à-dire la consommation et l’investissement, sont atones.

En effet, pour ce qui est de l’investissement, comme il a été démontré dans un article récemment publié dans nos supports, les crédits d’équipement, qui en traduisent le dynamisme, ont connu un arrêt net depuis la crise de 2008 et reprennent à peine en ce début de 2017 avec une croissance de 5%.

Et qu’en est –il de la consommation ? Peut-on la mesurer à travers le crédit à la consommation ?

Dans l’affirmative, qu’en est donc son comportement alors que les banques ont rejoint les sociétés de financement dans cette catégorie de crédits destinés notamment au financement de l’acquisition d’une voiture ou tout simplement pour tout autre besoin des consommateurs ?

A défaut d’avoir pu mener une enquête complète et exhaustive, mais en interrogeant néanmoins différentes sociétés de financement à crédit, la question leur a été posée de savoir s’il y avait une réelle pertinence dans une corrélation entre la production actuelle du crédit à la consommation par les sociétés de financement et le taux de croissance économique.

En réponse, les opérateurs de ce secteur affirment que, certes théoriquement, la consommation doit avoir un impact sur la croissance économique, mais, dans leur activité, cette assertion est contredite par différents paramètres qui entrent en ligne.

En effet et tout d’abord, on ne peut pas dire que le crédit à la consommation génère de la croissance, ne serait-ce que parce que se pose la question des impayés, lesquels mettent en difficulté les sociétés de financement du crédit à la consommation. Celles-ci, en réaction, sont dans la nécessité de restreindre l’octroi de crédits, comme c’est le cas actuel pour nombre de ces sociétés.

Par ailleurs, les chiffres de la situation du crédit à la consommation dans notre pays, indiquent qu’il
faut distinguer deux grands segments, le crédit auto et le crédit personnel.

Crédit auto, ça roule !

Le crédit automobile se porte bien puisqu’il a connu une croissance moyenne sur les cinq dernières années d’environ 5 % par an avant d’exploser en 2016 avec une croissance exceptionnelle de 25 %.

Les 163 000 véhicules vendus sur le marché national ont beaucoup profité des offres de crédits proposées en partenariat entre les sociétés de financement et les concessionnaires.

L’effet du Salon de l’Auto biennal, dont le dernier s’est tenu au printemps dernier, est sans doute l’un des facteurs explicatifs mais il ne serait pas le seul.

En effet, les crédits gratuits (ou sans intérêt) ont joué un rôle important dans cette envolée de la vente de voitures en 2016. Il s’agit de crédits automobiles accordés en masse par les sociétés de financement à travers des conventions avec les marques automobiles.

De tels crédits sont présentés comme étant sans intérêts et avec des frais de dossier uniquement.
Mais, en réalité, ce sont les marques automobiles qui subventionnent les intérêts de ces crédits.

Au lieu d’accorder une remise aux acheteurs, elles couvrent pour ces derniers l’intérêt de leurs crédits.
Il s’agit donc d’un simple montage, un habillage marketing car les sociétés de financement ne peuvent s’autoriser à accorder des crédits gratuits !
Voilà pour ce qui est du premier segment du crédit à la consommation qu’est le crédit automobile.

Les banques, ces concurrentes…

Pour l’autre segment, constitué des crédits personnels que l’on dit « non affectés », les engagements des sociétés de financement ont chuté d’au moins 10% l’an passé. Car, même si les chiffres du secteur ne sont pas encore connus pour 2016, c’était le cas à fin septembre de l’année dernière.

Ce constat devrait être cependant relativisé par le fait que si pour les sociétés de crédits à la consommation, le crédit personnel est en baisse, pour les banques, il augmente.

Pendant longtemps, en effet, les banques ne s’intéressaient pas vraiment aux crédits à la consommation, leur préférant l’immobilier ou l’investissement, laissant la consommation aux sociétés spécialisées dont la majorité est constitué de leurs filiales.

Ces dernières années, avec les difficultés que les grandes entreprises ont affrontées, et du fait également de la sur-liquidité existante sur le marché, les banques ont voulu réorienter leurs ressources vers des segments qui génèrent encore de la marge, et partant donc le crédit à la consommation.

Cependant, il y aura toujours une place pour les sociétés de financement surtout pour la clientèle qui ne peut être servie par les banques. Car, celles-ci, au-delà d’un certain taux d’endettement du client, ne peuvent pas s’exposer.

Et c’est là où les sociétés de financement à crédit peuvent intervenir bien qu’en appliquant des taux plus élevés qui peuvent aller jusqu’à 14 %, dans une fourchette de 6% à 14 %, en fonction du risque. On précisera néanmoins que les taux sont plus bas pour les fonctionnaires, alors que pour les crédits accordés aux revenus irréguliers ou/et non salariés, les taux sont les plus hauts.
Quant aux banques, leurs taux de crédits à la consommation tournent autour de 6 ou 7 %, avec un maximum de 9 %.

Un seul segment porteur

Le crédit à la consommation, dit personnel, ne se porte donc pas aussi bien qu’il le faudrait pour qu’il soit en mesure de soutenir la croissance économique. Malheureusement !

Un constat qui se veut objectif, même si les encours des crédits à la consommation se subdivisent en 50-50 entre les crédits personnels et les crédits automobiles, mais à la précision près que la partie voitures est en passe de prendre plus d’importance, car la croissance aujourd’hui porte sur le crédit automobile.
Cela se justifie par le fait que les montants y sont plus élevés par dossiers, mais également par l’agressivité commerciale qui fait que l’accès au crédit est plus facile.

Quant au crédit personnel non affecté, il y a la concurrence des banques et dans l’ensemble, la croissance sur cette branche n’est pas aussi forte que pour la première.

Tout cela explique que pour les sociétés de financement, c’est le crédit auto qui se taille la part du lion, pour un encours total du secteur du crédit à la consommation de 85 milliards de dirhams.

Si, théoriquement, la consommation est à la base de la croissance économique, la réalité du crédit à la consommation sur le terrain national ne démontre pas qu’il la favorise.
Cela, parce qu’en vérité, il s’agit plutôt d’une consommation largement artificielle, qui cache un surendettement des ménages.

On n’y voit donc que la titrisation d’un pouvoir d’achat futur, ce qui revient à s’endetter aujourd’hui et à ronger le pouvoir d’achat ultérieur.

Source : www.lnt.ma

 

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