Quand l’art africain rentre à la maison

«Prête-moi ton rêve»: Quand l’art africain rentre à la maison

Il y a eu «Les magiciens de la terre», au Centre Pompidou à Paris en 1989. Presque deux décennies plus tard, en 2005, l’exposition «Africa remix», présentée en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France et au Japon. «Beauté Congo» en 2015 par la Fondation Cartier. Seydou Keita au Grand-Palais en 2016. «100% Afrique» au Parc de La Villette à Paris.

«Art/ Afrique, le nouvel atelier» à la Fondation Vuitton en 2017… Des expositions internationales qui ont mis en lumière l’art contemporain africain, trop longtemps sous-estimé, voire ignoré ou, au meilleur des cas, regardé sous le prisme de l’exotisme.

Des évènements qui ont eu le mérite de démontrer au regard européen, centré sur lui-même, qu’il existe une importante scène des arts contemporains non occidentale. Aujourd’hui,  les artistes africains font désormais l’objet de foires spécialisées (1:54 à Londres, New York et désormais Marrakech, AKAA à Paris, etc.).

Or ces évènements, s’ils ont eu le mérite de mettre sur le devant de la scène des artistes, dont certains aujourd’hui sont de renommée mondiale, ont été organisés par et pour des publics occidentaux. «Des expositions qui n’ont jamais été montrées en Afrique. Il faut aider cette mémoire africaine, flottante, fantôme, à rentrer à la maison!», s’insurge Yacouba Konaté, entre autres membre du Conseil scientifique de l’Académie des Sciences, de la Culture et des Arts d’Afrique et des Diasporas.

Il est aussi commissaire général de l’exposition évènement «Prête-moi ton rêve». Une exposition, dont l’objectif est justement de donner à voir aux Africains de l’art africain. L’exposition itinérante est conçue pour être présentée dans plusieurs métropoles africaines.

Elle démarrera à Casablanca en juin 2019 avec une trentaine d’artistes les plus illustres, issus du continent ou de la diaspora, qui ont tous séjourné en résidence dans la métropole pour créer des œuvres inédites, inspirées du thème. Elle poursuivra son périple en invitant à chacune de ses haltes (Dakar, Abidjan, Lagos, Cape Town, Adis Abeba), une grande figure et des artistes locaux à rejoindre cette caravane artistique.

À son terme, l’exposition «Prête-moi Ton Rêve» reviendra à Marrakech, au Maroc, enrichie par les œuvres des artistes qui auront rallié cette odyssée africaine, pour y être exposée en apothéose. L’évènement est organisé par la Fondation pour le Développement de la Culture Contemporaine Africaine (FDCCA), dont c’est la première action annoncée.

Elle aura pour commissaire artistique Brahim Alaoui, historien d’art et commissaire d’exposition, largement reconnu. «L’exposition Prête-moi Ton Rêve amorce une dynamique artistique interafricaine qui explore les expressions d’un continent produisant une culture moderne nourrie de son histoire et de son imaginaire, et qui se veut ouverte sur le monde.

Cette exposition témoigne de l’engagement de son écosystème, incluant des institutions, des galeries et des médiateurs culturels dans la promotion de l’art contemporain africain et dans la visibilité de ses artistes localement», précisent les commissaires.

A chaque escale, «Prête-moi Ton Rêve» intègrera quatre évènements: l’exposition principale, un hommage à un artiste dont la stature en fait un esprit du lieu et une exposition «Carte Blanche» consacrée à quelques artistes du pays et portée par un jeune commissaire résident et finalement des tables rondes sur des thèmes spécifiques en rapport avec le calendrier de l’évènement.

La conception de cette dernière a été confiée à Syhem Weigant, qui a imaginé une exposition autour du thème des «Vertiges de l’amour», en s’inspirant des grands mouvements romantiques de l’art. Elle propose comme l’écrit Musset que si «la vie est un sommeil, l’amour en est le rêve».

Alors au milieu des rêves que l’Afrique peut nourrir et loin des passages obligés, nous parlerons ici d’amour. L’escale casablancaise mettra sous les feux des projecteurs les travaux d’artistes contemporains marocains, Yassine Belbzioui, Hicham Berrada, M’Barek Bouchichi et Mohamed El Baz. Depuis quelques années, l’art contemporain africain se redécouvre peu à peu sur le continent.

Consacré par  la création, en 2005,  de la Fondation Zinsou à Cotonou au Bénin, l’ouverture, en 2017, du plus grand musée d’art contemporain africain à Cap Town en Afrique du Sud le Zeits-MoCAA, suivi par le Macaal à Marrakech. La même année, la manifestation «L’Afrique en Capitale», à Rabat mettait en lumière l’art et les expressions contemporaines de l’Afrique.

Source : L’Economiste

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